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Rédaction Musisfera
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Le retour de CHVRCHES échouera si la nostalgie est son seul moteur

CHVRCHES revient avec un album plus marqué par les guitares et une tournée en 2027, mais leur véritable épreuve consistera à transformer une identité familière en un chapitre véritablement différent.

Publié
21 octobre 2026
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Annoncer un retour est facile; le justifier est autrement plus difficile. CHVRCHES a dévoilé All the King's Men, son premier album en près de six ans, ainsi qu’une importante tournée en 2027. La question la plus délicate est de savoir s’il s’agit d’un retour créatif — ou simplement d’une invitation soigneusement orchestrée à se rappeler pourquoi on les aimait à leurs débuts.

La réponse pourrait dépendre de l’importance que nous accordons à ce changement de son. Le trio écossais composé de Lauren Mayberry, Iain Cook et Martin Doherty présente un album de 11 titres qui s’oriente vers l’indie rock, les guitares et les instruments acoustiques, au lieu de rester strictement guidé par les synthétiseurs. La sortie de l’album est prévue le 22 janvier 2027 chez Futures Music Group, avec « Roses » comme premier single. La tournée débutera le 13 février et se poursuivra jusqu’au 6 mai en Amérique du Nord, au Royaume-Uni et en Irlande.

Cette combinaison — nouvel album, single dévoilé en amont, préventes soigneusement orchestrées et longue série de concerts — n’est pas qu’une opération promotionnelle. C’est le format moderne du retour: transformer celui-ci en un événement culturel unique avant même que le public ait décidé si la musique le mérite.

Le virage vers les guitares est prometteur parce qu’il met la marque en danger

Le détail le plus encourageant est aussi celui qui risque le plus de diviser le public existant. CHVRCHES est décrit comme abandonnant la synth-pop au profit d’un son plus tranchant, dominé par les guitares, tandis que les nouveaux morceaux puisent dans Massive Attack, PJ Harvey, Nick Drake, Bert Jansch et l’Incredible String Band. Iain Cook s’est également tourné vers les instruments acoustiques, tandis que la perspective plus large de l’album examine l’identité britannique et écossaise ainsi que des réalités sociales plus sombres.

Sur le papier, c’est une direction significative. L’identité de CHVRCHES a toujours reposé sur la tension entre des textures électroniques lumineuses et une écriture chargée d’émotion. Remplacer une partie de cette architecture électronique par des guitares et des textures acoustiques pourrait mettre l’écriture en valeur de manière féconde. Le groupe pourrait ainsi moins ressembler au souvenir immaculé de la synth-pop des années 2010 et davantage à une formation qui se confronte à ce qu’elle est devenue.

Mais « différent » ne signifie pas automatiquement « meilleur ». Un groupe peut abandonner ses outils familiers sans pour autant trouver un nouveau langage. Le risque, ici, est que ce virage acoustique et guidé par les guitares devienne un signe de prestige — une manière d’afficher son sérieux — plutôt qu’une extension organique des instincts du trio. « Roses » devra finalement prouver que ce changement a des conséquences musicales, et pas seulement un nouvel angle de communication.

L’intervalle de six ans relève la barre, pas seulement l’impatience

L’intervalle depuis Screen Violence, sorti en 2021, permet à All the King's Men de s’imposer comme un nouveau chapitre. Il élimine aussi l’excuse de la précipitation. D’après l’annonce de l’album, les membres se sont retrouvés à Glasgow pour des sessions intensives de trois semaines et se sont délibérément éloignés de la méthode de travail à distance associée à leur précédent disque. Leur objectif affiché était de se mettre au défi sur le plan créatif.

Ce processus compte, car un retour ne peut pas reposer uniquement sur le calendrier. Près de six ans d’absence créent de l’attente, mais l’attente est une dette. Plus un groupe reste absent, plus les auditeurs projettent sur son retour la version qu’ils préfèrent. Certains voudront retrouver l’immédiateté chatoyante des premiers albums; d’autres accueilleront favorablement un son plus dur, moins hermétiquement électronique. Aucun album ne peut satisfaire toutes les versions de cette nostalgie.

Notre position est que CHVRCHES ne devrait pas essayer. Le pire scénario serait un album qui esquisse le changement tout en conservant chaque repère émotionnel familier. Si le nouveau disque est véritablement plus agité, plus politique et davantage ancré dans un territoire, il devrait accepter que certains auditeurs aient le sentiment que l’ancien CHVRCHES a été laissé derrière. Ce n’est pas un échec en matière de relation avec les fans. C’est la preuve que le groupe a fait un choix.

La tournée transforme l’évolution artistique en épreuve publique

Le calendrier de 2027 offre à l’album un terrain d’expérimentation particulièrement visible. Il comprend des dates en Amérique du Nord, de Philadelphie à Los Angeles, puis des concerts au Royaume-Uni et en Irlande, notamment à Glasgow, Dublin, Manchester et Londres. La série de dates annoncée s’étend du 13 février au 6 mai, tandis que le site officiel du groupe précise que l’accès aux préventes est lié aux précommandes de l’album et à l’inscription à la liste de diffusion.

Cette coordination est commercialement logique, mais elle expose aussi la contradiction centrale de ce retour. La tournée doit rassurer les auditeurs de longue date tout en présentant les nouveaux morceaux comme autre chose qu’une première partie du passé. Un concert construit autour des anciens tubes donnerait à l’album un rôle décoratif. Un concert qui surcorrigerait en faveur de la nouvelle orientation pourrait amener le public à se demander pourquoi il a acheté une place pour un concert de CHVRCHES.

Les formations alternatives établies ont de plus en plus besoin de ce type d’événement associant album et tournée pour retrouver leur élan. Un single ne suffit plus à réinitialiser la position culturelle d’un groupe, surtout après une longue pause. L’album fournit le récit; la tournée apporte les preuves. Si les morceaux transforment l’atmosphère dans la salle, le retour devient réel. S’ils ne font que déclencher la reconnaissance, l’événement se vendra malgré tout — mais ce sera de la nostalgie habillée en renouveau.

CHVRCHES doit choisir l’évolution plutôt que l’approbation générale

Les premiers signes sont encourageants, car le groupe ne prétend pas que ce nouveau disque est une simple continuation. All the King's Men possède un cadre défini, un processus d’enregistrement différent et une volonté affichée d’aller au-delà de la formule fondée sur les synthétiseurs. Ces choix méritent davantage d’attention que le titre familier annonçant que CHVRCHES est « de retour ».

Il faudra néanmoins attendre la musique pour rendre un verdict. « Roses » peut annoncer une transformation durable, ou n’être qu’une porte d’entrée provocatrice vers un album qui reviendrait ensuite sur un terrain plus sûr. La tournée de 2027 pourrait devenir une célébration de la réinvention, ou une machine à nostalgie efficace à laquelle on aurait accroché un nouvel album.

Nous recommandons de juger All the King's Men à l’aune du risque qu’il prend, et non de sa capacité à reproduire fidèlement le passé le plus reconnaissable du groupe. CHVRCHES n’a pas besoin de prouver que son ancienne identité fonctionne encore. Il doit prouver qu’elle peut évoluer — et que cette évolution mérite d’être suivie.

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