Orelsan s'en prend à CNews, et il a raison de le faire
En nommant l'extrême droite et CNews dans un titre dévoilé à Bordeaux, Orelsan sacrifie une part de public pour sa crédibilité. En France aujourd'hui, c'est le risque que le rap doit prendre.
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À quoi sert un rappeur en tournée d'arenas s'il ne dit jamais rien qui puisse vider quelques sièges ? Orelsan semble s'être posé la même question. Sur la scène de l'Arkéa Arena à Bordeaux, il a choisi d'y répondre en citant des noms, avec CNews et l'extrême droite dans le viseur.
Selon Pause Musicale, Orelsan a interprété un titre inédit à l'Arkéa Arena le 27 octobre 2026. Le texte vise CNews et l'extrême droite. RTL Luxembourg rapporte que la chanson s'intitule XXX et qu'elle s'en prend à la chaîne, qui appartient au groupe Bolloré. Les titres de presse ont relevé des phrases comme « Je suis le contraire de CNews », et Closer souligne une pique contre ceux qui veulent « manger du porc et chanter du Sardou ».
La chanson n'est pas sortie officiellement, d'après la documentation disponible. Les seules preuves sont une prestation live et la couverture de presse qui a suivi. Nous jugeons donc une intention plus qu'une œuvre achevée. Cela suffit pourtant pour parler du geste.
Un risque calculé, pas un dérapage
Soyons clairs: personne n'écrit par hasard une chanson qui nomme CNews et l'extrême droite. Elle est faite pour être découpée, citée et débattue, et la vague de reprises suggère que cela a fonctionné. C'est l'inverse de la vieille stratégie de l'artiste consensuel qui reste assez flou pour plaire à tout le monde. Nommer CNews est un acte précis: il choisit un adversaire déterminé, avec un public déterminé.
Le coût est réel. Dans un pays aussi polarisé, une telle chanson donne probablement à une partie du public une raison de partir. Certains auditeurs se sentiront sermonnés. D'autres se lasseront simplement d'entendre de la politique de la part d'un artiste qu'ils venaient écouter pour ses mélodies. Le rap politique achète de l'attention, et il rétrécit la salle. Nous pensons qu'Orelsan connaît parfaitement ce calcul.
Le contexte alourdit le geste. La même semaine, le Parti socialiste saluait des interdictions policières de rassemblements d'extrême droite en région parisienne, et Le Temps rapporte qu'un groupe d'extrême droite a publiquement appelé à un rassemblement contre un concert antifasciste à Zurich. Les salles de concert ne sont plus un terrain neutre. Dans ce climat, se taire est aussi une position. Simplement plus confortable.
Le public perdu compte moins que la crédibilité conservée
Notre position: le risque en vaut la peine, et pas seulement pour des raisons morales. Nous pensons que la force commerciale d'Orelsan tient à ce que son public croit qu'il pense ce qu'il dit. Un artiste connu pour son écriture acérée ne peut pas devenir soudain évasif sans le payer. Mieux vaut perdre les auditeurs qui contestent le fond que ceux qui ont fait confiance à la voix.
Il y a aussi une continuité. Pause Musicale note que ce moment prolonge des prises de position politiques déjà remarquées en 2025 et 2026, et Télé Star rappelle un couplet antérieur sur Canon français et affirme que ce n'est pas la première fois qu'il s'en prend à l'extrême droite dans sa musique. Ce n'est pas une conversion soudaine à l'activisme. C'est une constante, et ce sont les constantes qui rendent une position crédible.
Attendre la version studio avant d'applaudir
Deux réserves. D'abord, il est facile de transformer une querelle avec un média en spectacle. Nous soupçonnons CNews de profiter de l'indignation, et un titre sur un rappeur qui l'attaque est, de façon perverse, du temps d'antenne gratuit pour la cible. Ensuite, une chanson née comme provocation scénique risque de mal vieillir si elle n'a pas de poids musical propre. La colère ne remplace pas un bon refrain, et les meilleures chansons de protestation survivent parce qu'elles fonctionnent comme des chansons.
Pourtant, que le rap français se cherche des querelles est une bonne nouvelle. Orelsan ne change pas la carte politique avec un titre joué à Bordeaux, et il ne convaincra pas ceux qui le détestent déjà. Mais un artiste majeur qui accepte un public plus restreint pour dire quelque chose de clair fait son travail. Notre conseil: attendez la version studio, jugez l'écriture et la musique, pas seulement la phrase citable. Si la chanson tient debout toute seule, le risque aura valu bien plus que les places qu'il aura coûtées.
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