Industrie musicale
Rédaction Musisfera
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Eurovision accorde un délai à l'Espagne : le concours a besoin des grands marchés

Laisser à la RTVE jusqu'en décembre pour trancher montre que l'Eurovision a plus besoin de ses grands marchés qu'elle ne l'admet. Les diffuseurs doivent cesser d'en faire un levier.

Publié
28 octobre 2026
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Photo : Sims2aholic8 / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Trente-six pays, cela ressemble à un triomphe. Alors pourquoi la ligne la plus intéressante du communiqué de l'Union européenne de radio-télévision concerne-t-elle un pays qui ne figure pas sur la liste ?

L'UER a confirmé mercredi que 36 diffuseurs enverront des artistes à Burgas, en Bulgarie, pour la 71e édition, avec des demi-finales les 11 et 13 mai et la finale le 15 mai 2027, comme le rapporte 20minutos. Dans le même communiqué, elle indique que la RTVE (Espagne) et la RTVSLO (Slovénie) n'ont pas encore décidé et que, vu la complexité du dossier, toutes deux ont jusqu'en décembre pour confirmer.

Pendant ce temps, l'Irlande et les Pays-Bas ont confirmé qu'ils ne seront pas là. Le cas néerlandais est le plus confus: la NPO a fait marche arrière après avoir d'abord laissé entendre un retour, invoquant un soutien insuffisant. L'Islande ne figure pas non plus sur la liste, même si une décision de son conseil d'administration de s'abstenir n'a pas été rendue officielle.

Une échéance que l'on repousse n'est plus une échéance

Les organisateurs ne déplacent généralement pas le calendrier pour un pays qu'ils jugent facultatif. Repousser l'échéance pour l'Espagne, et pour la Slovénie, nous paraît un aveu tacite: ce concours veut le retour de l'Espagne et préfère attendre plutôt que d'annoncer un plateau sans elle. C'est compréhensible. L'Espagne est l'un des grands marchés, et un plateau sans elle paraît plus maigre.

Mais cela a un coût. Chaque délai supplémentaire dit aux autres diffuseurs que la date est élastique et que l'hésitation est récompensée par de l'attention. Un concours qui se présente comme le plus grand événement de musique live au monde ne devrait pas négocier son plateau sur la place publique.

La participation n'est pas une monnaie d'échange

C'est ici que nous nous écartons de la lecture cynique. Le boycott lié à la présence d'Israël n'est pas une stratégie tarifaire; pour la RTVE, c'était une décision politique, et la lettre d'environ 400 salariés des médias publics néerlandais montre à quel point la conviction est profonde. Personne ne devrait la réduire à une manœuvre de négociation.

Notre propos est plus restreint. Quelle que soit la décision d'un diffuseur, elle devrait être prise une fois, par principe, et non laissée comme une menace ouverte qui tient tout le monde en haleine jusqu'au dernier mois. Les propres tergiversations de la RTVE, avec un débat du conseil d'administration reporté en septembre et une proposition de maintenir le retrait, ont donné à la position de l'Espagne l'allure d'une carte toujours posée sur la table. Cela ne sert ni le public ni les artistes, qui ne peuvent pas préparer une sélection nationale autour d'un peut-être.

Et l'UER partage la responsabilité. Si la participation peut se racheter avec plus de temps, ou avec des ajustements de règles, les diffuseurs continueront à s'en servir comme levier. C'est une réponse rationnelle aux incitations qu'elle a elle-même créées.

Ce que coûtent vraiment les chaises vides

Martin Green, le directeur du concours, a défendu l'événement comme important dans un monde divisé. Nous le croyons, et c'est précisément pour cela que les absences font mal: l'argument en faveur d'une scène commune s'affaiblit chaque fois qu'un membre fondateur, comme les Pays-Bas, reste à l'écart. Compter les pays est une défense fragile quand certains des plus gros noms sont ceux qui vacillent.

Notre verdict: l'Espagne devrait répondre bien avant la fin décembre et expliquer pourquoi, quelle que soit sa décision. L'UER devrait cesser de multiplier les exceptions et dire clairement ce qu'elle fera si les grands marchés restent à l'écart. La clarté ferait moins de mal qu'un mois de suspense supplémentaire, et le concours, quel que soit le décompte final, en sortirait plus solide.

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